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Ces applications mobiles qui analysent votre sommeil à votre insu et ce qu’elles savent vraiment de vous

Ces applications mobiles qui analysent votre sommeil à votre insu et ce qu’elles savent vraiment de vous

Ces applications mobiles qui analysent votre sommeil à votre insu et ce qu’elles savent vraiment de vous

Votre réveil sonne, vous attrapez votre smartphone à moitié endormi… et sans le savoir, vous venez peut-être de fournir une nouvelle série de données ultra-précises sur la qualité de votre sommeil. Parce que derrière l’innocente promesse de “mieux dormir” se cachent parfois des applications qui vous observent bien plus que vous ne le pensez.

Analyse de vos nuits, enregistrement de vos mouvements, croisement avec votre localisation, votre activité physique, parfois même vos habitudes de consommation… Ces applis en savent souvent plus que votre médecin – alors que vous ne les avez jamais vraiment lues, ces fameuses conditions d’utilisation de 25 pages.

Vous pensez que ce n’est “que” pour calculer vos cycles de sommeil ? Pas tout à fait.

Comment votre smartphone surveille votre sommeil (même quand vous ne lui avez rien demandé)

Les applis dédiées au sommeil ne sont pas les seules à traquer vos nuits. Entre les montres connectées, les trackers d’activité, les fonctions intégrées d’Android ou iOS et certaines applis “bien-être”, vous pouvez être suivi sans en avoir réellement conscience.

Quelques exemples concrets :

Et le plus intéressant : beaucoup d’utilisateurs oublient

Que savent réellement ces applis de votre sommeil ?

Concrètement, une application de suivi du sommeil peut reconstituer une grande partie de votre vie nocturne. Voici le type d’informations qu’elle peut collecter :

Pris individuellement, ces éléments peuvent sembler anodins. Mais mis bout à bout sur plusieurs semaines ou mois, ils racontent une histoire assez précise de votre quotidien :

En clair, ces applis construisent un profil comportemental nocturne. Et oui, ça vaut de l’or.

Les coulisses techniques : micro, accéléromètre et données croisées

Pour aboutir à ces analyses, les applis de sommeil exploitent une combinaison de capteurs que votre smartphone possède déjà :

Techniquement, la vraie puissance arrive quand ces applis croisent vos données de sommeil avec d’autres données :

Résultat : certains services peuvent établir des corrélations très fines du type :

“Lorsque vous regardez des vidéos sur votre téléphone après 23h, votre sommeil profond est réduit de 32%.”

Ou encore :

“Les nuits suivant une commande de fast-food, vos réveils nocturnes augmentent nettement.”

Dit comme ça, ça ressemble presque à un coach de santé. Mais c’est aussi un profilage extrêmement détaillé de vos habitudes… exploitable à d’autres fins.

Pourquoi ces données intéressent autant les entreprises ?

Le marché de la “sleep tech” pèse déjà plusieurs milliards d’euros au niveau mondial, et il explose avec la montée du stress, du télétravail et des problèmes de sommeil. Pour les entreprises, vos nuits sont donc devenues un terrain d’affaires comme un autre.

Les données de sommeil peuvent servir à :

Dans certains pays, des assureurs santé ont déjà testé des programmes de réduction ou de bonus pour les clients qui partagent leurs données d’activité physique. Imaginez le scénario avec le sommeil :

“Dormez au moins 7 heures par nuit, 20 jours par mois, et obtenez une réduction sur votre cotisation.”

Flatteur en apparence. Mais la frontière est mince entre incitation bienveillante et pression comportementale.

Les risques : profilage, fuite de données, dérives médicales

Le premier risque, évident, est celui de la fuite de données. Plus vos nuits sont collectées, plus elles sont stockées sur des serveurs, plus elles peuvent être piratées, revendues ou mal protégées.

Mais il y a d’autres dérives possibles, plus subtiles :

Un autre effet pervers : plus vous regardez vos données de sommeil, plus vous pouvez… mal dormir. C’est devenu assez courant pour avoir un nom : “orthosomnie”, l’obsession du “bon” sommeil mesuré par les applis. Certains utilisateurs finissent par angoisser à la vue d’un “score de sommeil” moyen, ce qui n’aide pas vraiment à dormir mieux.

Comment reprendre la main : réglages, alternatives, bonnes pratiques

La bonne nouvelle, c’est que vous n’êtes pas complètement démuni. Il est possible de profiter des bénéfices des applis de sommeil sans tout livrer sur un plateau.

Quelques réflexes simples :

Et si vous utilisez quand même une appli de sommeil (ce qui n’est pas un crime, rassurez-vous) :

Faut-il supprimer ces applis une bonne fois pour toutes ?

La question se pose forcément : est-ce qu’on devrait tous désinstaller nos applis de sommeil et revenir au réveil analogique posé sur la table de nuit ?

La réponse est moins tranchée qu’il n’y paraît.

Oui, ces applis peuvent être utiles :

Mais elles ne doivent pas devenir :

La vraie question n’est pas “appli ou pas appli ?”, mais plutôt :

“À qui est-ce que je fais confiance au point de lui confier mes nuits, et qu’est-ce que je l’autorise à faire avec ces informations ?”

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : vos données de sommeil ne sont pas de simples courbes sympathiques à regarder le matin. Elles racontent votre intimité, votre santé, vos fragilités… et intéressent de plus en plus d’entreprises.

Vous avez le droit d’aimer les statistiques, les jolis graphiques et les scores de sommeil. Vous avez aussi le droit de garder certaines choses pour vous – et de décider que ce qui se passe pendant la nuit ne doit pas forcément finir dans un tableau de bord hébergé à l’autre bout du monde.

En attendant que la régulation rattrape la technologie, un bon réflexe reste valable : avant de laisser une appli dormir avec vous, demandez-vous sérieusement qui vous invite dans son lit de données.

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