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Culture internet : comment les mèmes influencent la politique et la société bien au-delà des réseaux sociaux

Culture internet : comment les mèmes influencent la politique et la société bien au-delà des réseaux sociaux

Culture internet : comment les mèmes influencent la politique et la société bien au-delà des réseaux sociaux

Impossible d’ouvrir X, Instagram ou TikTok sans tomber sur un mème. Une image pixelisée, une capture d’écran d’un film, un chat dramatique, une punchline en police Impact… et en quelques secondes, tout le monde comprend la blague. Mais derrière ces images virales, il se joue autre chose : une véritable bataille culturelle et politique.

Les mèmes ne se contentent plus de faire rire. Ils orientent des débats, influencent des campagnes électorales, façonnent l’opinion publique et redéfinissent la manière dont on parle de sujets sérieux. Bref, ils agissent bien au-delà des réseaux sociaux.

Un mème, c’est quoi exactement (et pourquoi ça compte) ?

À l’origine, le mot « mème » vient du biologiste Richard Dawkins, qui l’utilise en 1976 pour décrire une unité culturelle qui se transmet d’esprit en esprit, comme un gène se transmet biologiquement. Sur Internet, le terme a été récupéré pour désigner :

Ce qui rend les mèmes particulièrement puissants :

Résultat : les mèmes sont devenus une sorte de langage universel du web. Et comme tout langage, ils peuvent transmettre des idées… y compris politiques.

Quand l’humour devient une arme politique

Les campagnes politiques ont fini par le comprendre : si vous n’êtes pas dans les mèmes, vous êtes en retard sur la conversation. Pour une partie des électeurs, surtout les plus jeunes, la politique se consomme désormais sous forme de formats courts, drôles, partageables.

Quelques exemples frappants :

L’humour est une arme politique redoutable. Il rend une critique acceptable, la fait passer comme une blague, tout en installant des idées durables. Un mème qui tourne en dérision un candidat peut faire autant (voire plus) de dégâts qu’un éditorial acide.

Les mèmes comme canal de propagande (et de désinformation)

Parce qu’ils sont simples et viraux, les mèmes sont aussi des vecteurs parfaits pour la propagande et la manipulation. Pas besoin d’argumentaire structuré : une image choc, un texte accrocheur, et l’idée s’imprime.

Les chercheurs en communication politique ont identifié plusieurs usages inquiétants :

Le problème ? Un mème est rarement fact-checké. On rit, on partage, on passe à autre chose… alors que l’idée reste en tête. Le temps qu’un démenti arrive, le format est déjà recyclé mille fois.

Un terrain de jeu privilégié pour les jeunes générations

Pour beaucoup de moins de 30 ans, l’entrée dans l’actualité passe désormais par des formats courts : stories, Reels, TikTok… et mèmes. Le rapport au politique change : on commente l’actualité comme on commente une série, à travers des références partagées.

Les mèmes remplissent plusieurs fonctions sociales :

Cette dimension générationnelle explique pourquoi les partis politiques, les ONG et les mouvements citoyens essaient désormais de « parler mème ». Mais tout le monde n’y arrive pas…

Quand les institutions essaient (parfois maladroitement) de parler le langage mème

Vous avez probablement déjà vu passer ce type de posts : un compte institutionnel qui tente un mème à la mode, avec un ton « jeune » un peu forcé. Résultat : malaise, moqueries, captures d’écran qui tournent en boucle.

Pourquoi c’est si difficile pour les marques et les institutions ?

Cela n’empêche pas certains d’y arriver. Des élus, des comptes d’institutions publiques ou des ONG parviennent à utiliser les mèmes avec finesse, souvent parce qu’ils s’appuient sur des équipes jeunes, qui baignent déjà dans cette culture.

Mais il y a une ligne fine entre être perçu comme « connecté » et devenir la risée de Twitter. Internet ne pardonne pas les mèmes forcés.

Des blagues… qui façonnent vraiment la société ?

Les mèmes ne sont pas qu’un bruit de fond numérique. Ils participent à la construction des récits collectifs, c’est-à-dire la façon dont une société se raconte à elle-même ce qu’elle vit.

Ils peuvent :

Un exemple simple : les mèmes sur la « génération burnout », les « métiers bullshit » ou la « hustle culture » ont contribué à populariser des critiques du monde du travail qui étaient auparavant réservées à des cercles militants ou universitaires. Aujourd’hui, ces thèmes sont discutés dans les médias traditionnels, dans les entreprises, dans les politiques RH.

Le chemin est souvent le même :

Les mèmes sont donc une sorte de baromètre émotionnel de la société. Ils montrent ce qui énerve, ce qui fait peur, ce qui amuse, ce qui rassemble.

Des communautés organisées derrière les images

Derrière un mème, il y a souvent une communauté. Des plateformes comme Reddit, Discord, 4chan, Tumblr ou certains serveurs privés Telegram sont de véritables usines à formats viraux.

Ces communautés :

On l’a vu par exemple avec certains mouvements autour des crypto-monnaies ou de la bourse (affaire GameStop), où les mèmes ont servi à mobiliser et à souder des investisseurs particuliers contre les fonds traditionnels de Wall Street. L’image du « petit investisseur héros contre le système » s’est cristallisée dans ces formats.

Les mèmes ne sont donc pas seulement un symptôme de la culture Internet, mais aussi un moteur d’action collective.

Entre satire, cynisme et fatigue informationnelle

Un effet secondaire de cette culture du mème : le rapport à l’information devient plus ironique, plus distant. Quand tout peut être tourné en dérision, il devient difficile de savoir à quel moment on doit prendre quelque chose au sérieux.

Deux tendances se croisent :

On parle parfois de « fatigue informationnelle » : on sait qu’il se passe des choses graves, mais on n’a plus l’énergie mentale d’absorber des analyses longues. Alors on consomme la version mème, qui donne l’impression de « suivre » sans y consacrer trop de temps.

Les journalistes, les éducateurs, les militants sont confrontés à ce défi : comment informer et mobiliser dans un écosystème où l’attention est captée par des contenus ultra-courts et ultra-remixables ?

Comment lire un mème de manière un peu plus critique

Pas question de diaboliser les mèmes : ils font partie de la culture numérique, et ils peuvent être brillants, créatifs, profondément pertinents. Mais comme tout langage, ils peuvent manipuler, simplifier à l’excès, ou masquer des idées problématiques.

Quelques réflexes utiles quand vous voyez un mème politique ou social passer dans votre feed :

Cela ne veut pas dire qu’il faut décortiquer chaque blague comme une thèse universitaire. Mais prendre quelques secondes pour identifier le message sous-jacent peut éviter de se faire embarquer dans des narratifs toxiques.

Les mèmes, futur langage politique dominant ?

Tout indique que la place des mèmes dans le débat public va continuer à grandir.

On peut s’attendre à voir :

Dans ce futur très proche, comprendre la culture mème n’est plus seulement un hobby de geek : c’est une compétence culturelle et citoyenne.

En bref : impossible de parler société sans parler mèmes

Les mèmes ne sont plus un simple folklore d’Internet. Ils sont devenus :

La prochaine fois que vous verrez passer un mème sur une réforme, un candidat, une crise internationale, vous ne regarderez peut-être plus cette image comme une simple blague. Derrière les pixels compressés et les punchlines, il y a une bataille d’idées, de récits, d’influences.

Et si l’on veut comprendre la politique et la société d’aujourd’hui, il faut accepter que, parfois, tout commence par une image mal cadrée, sortie d’un vieux film, avec un texte en blanc gras… et des millions de partages.

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