Les startups françaises qui révolutionnent la santé connectée et redéfinissent le suivi médical à domicile

Les startups françaises qui révolutionnent la santé connectée et redéfinissent le suivi médical à domicile

Consultations vidéo, montres connectées, capteurs médicaux sous le t-shirt… Il y a encore dix ans, tout cela relevait presque de la science-fiction. Aujourd’hui, ces technologies s’invitent dans notre quotidien, et les startups françaises sont en train de transformer notre manière de nous soigner, directement depuis le salon, le canapé… ou le lit.

Derrière les buzzwords comme « e-santé », « télésurveillance » ou « santé connectée », il y a une réalité très concrète : des patients mieux suivis à domicile, des médecins qui gagnent du temps, et un système de santé qui tente de respirer malgré la pénurie de soignants. Et dans ce mouvement, l’écosystème français est particulièrement dynamique.

Pourquoi la santé connectée explose maintenant

La télémédecine et la santé connectée ne datent pas du Covid, mais la pandémie a clairement joué un rôle d’accélérateur. En 2019, on comptait déjà environ 80 000 téléconsultations remboursées par l’Assurance maladie en France. En 2020, ce chiffre est monté à… 19 millions. Un bond qui a fait prendre conscience à tout le monde que le numérique pouvait réellement absorber une partie de la demande de soins.

En parallèle, plusieurs tendances lourdes poussent au développement de la santé connectée :

  • Le vieillissement de la population et la hausse des maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, BPCO, etc.)
  • La désertification médicale, qui complique l’accès aux soignants
  • La généralisation des objets connectés (smartphones, montres, balances, tensiomètres Bluetooth…)
  • Un cadre réglementaire plus clair, notamment la télésurveillance médicale remboursée depuis 2022

La France a officiellement lancé le remboursement de la télésurveillance pour certaines pathologies (insuffisance cardiaque, insuffisance rénale chronique, diabète, insuffisance respiratoire, suivi post-AVC). Pour les startups, c’est un signal fort : il y a un marché, structuré, avec un modèle économique viable, au-delà des simples gadgets bien-être.

Des objets connectés qui transforment le domicile en mini-labo

La première brique de la santé connectée, ce sont les capteurs. Sans données fiables, pas de suivi à distance digne de ce nom. Sur ce terrain, plusieurs startups françaises se démarquent.

Impossible de ne pas citer Withings, l’un des pionniers mondiaux de l’objets connectés santé. Fondée en 2008 près de Paris, la société a commencé avec un simple pèse-personne connecté. Aujourd’hui, son écosystème va beaucoup plus loin :

  • Montres connectées capables de mesurer la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène, le sommeil et parfois un ECG
  • Tensiomètres connectés utilisés par le grand public mais aussi dans des programmes de suivi médical
  • Balances intelligentes qui analysent poids, composition corporelle et parfois même indicateurs cardiovasculaires

Là où Withings devient un acteur clé du suivi à domicile, c’est dans l’intégration de ses données dans des programmes de télésurveillance pilotés par des médecins. Certains hôpitaux français utilisent par exemple des tensiomètres ou balances Withings pour surveiller des patients insuffisants cardiaques à domicile, afin de détecter rapidement les décompensations et éviter les hospitalisations en urgence.

Autre exemple intéressant : BewellConnect. Cette société française propose une gamme complète d’objets connectés : thermomètres, oxymètres, tensiomètres, électrocardiographes portables… Tous sont reliés à une application mobile qui stocke les données et peut les partager avec un professionnel de santé.

Pour un médecin, au lieu de se contenter d’une mesure de tension prise « au hasard » le jour de la consultation, il est possible d’analyser l’évolution sur des semaines. Pour un patient, c’est l’assurance de ne plus griffonner ses chiffres sur un coin de feuille qui disparaît toujours au mauvais moment.

Diabète, cœur, insuffisance respiratoire : des startups au cœur du suivi des maladies chroniques

La France compte plus de 4 millions de diabétiques, des centaines de milliers de personnes souffrant d’insuffisance cardiaque, et des patients qui vivent avec des pathologies lourdes au long cours. C’est là que la télésurveillance à domicile est la plus pertinente… et que les startups françaises se montrent particulièrement innovantes.

Diabeloop est l’une des pépites les plus emblématiques. Cette startup grenobloise a développé un « pancréas artificiel » : un système qui combine capteur de glucose en continu, pompe à insuline et algorithme d’intelligence artificielle. L’objectif : automatiser au maximum la gestion du diabète de type 1.

Concrètement, le capteur envoie les données de glycémie en temps réel, l’algorithme calcule la dose d’insuline à administrer, et la pompe l’injecte automatiquement. Le patient garde bien sûr un pouvoir de décision, mais la charge mentale du calcul permanent (« combien je dois m’injecter maintenant ? ») est considérablement réduite. Les données peuvent être partagées avec l’équipe médicale, qui suit le patient à distance et ajuste les paramètres si nécessaire.

Dans le domaine cardiovasculaire, Implicity joue un rôle central. Cette startup parisienne s’est spécialisée dans la télésurveillance des dispositifs cardiaques implantables (pacemakers, défibrillateurs, etc.). Ces appareils collectent déjà des données en continu, mais la lecture et l’analyse représentaient jusqu’ici un casse-tête pour les services de cardiologie.

Implicity propose une plateforme qui centralise les données de différents fabricants, les analyse grâce à des algorithmes, et alerte les cardiologues en cas d’anomalie. Résultat : moins de consultations inutiles, des alertes plus pertinentes, et des patients mieux suivis sans avoir à se déplacer à l’hôpital pour chaque contrôle.

Côté insuffisance respiratoire, plusieurs acteurs travaillent sur des systèmes de monitoring à domicile, souvent basés sur des capteurs de saturation en oxygène, des applications de suivi des symptômes et des programmes d’éducation thérapeutique. Certaines solutions ont obtenu une prise en charge dans le cadre de la télésurveillance médicale remboursée, ce qui ouvre la voie à une généralisation.

Quand l’intelligence artificielle s’invite dans le salon

La santé connectée ne se résume pas à la collecte de données ; la véritable révolution, c’est l’analyse intelligente de ces données. L’intelligence artificielle permet de repérer des signaux faibles, de prioriser les alertes, et d’éviter à la fois le « tout va bien » rassurant et le « alerte rouge » toutes les 10 minutes.

Cardiologs, par exemple, s’est spécialisée dans l’analyse automatisée des électrocardiogrammes (ECG). Issue de la French Tech, la startup a développé un algorithme de deep learning capable d’interpréter des ECG de manière extrêmement rapide et précise. Pour un patient équipé d’un objet de monitoring cardiaque, les anomalies peuvent être repérées en temps quasi réel, sans attendre qu’un spécialiste lise manuellement chaque tracé.

Dans un autre registre, Tilak Healthcare a choisi un angle original : le jeu vidéo comme outil de suivi médical. Leur application OdySight, prescrite par des ophtalmologistes, permet de surveiller la vision des patients atteints de maladies chroniques de la rétine. Le patient joue quelques minutes régulièrement, l’application évalue ses capacités visuelles et alerte le médecin en cas de dégradation. On est loin du gadget : des études cliniques et des validations réglementaires encadrent cette solution.

Et quand on parle d’IA dans le suivi à domicile, il ne s’agit pas seulement de diagnostics médicaux. L’IA peut aider à :

  • Filtrer les alertes pour éviter de surcharger les soignants
  • Adapter les recommandations au profil du patient (âge, comorbidités, habitudes)
  • Prévoir des risques de décompensation avant les premiers symptômes visibles
  • Personnaliser l’éducation thérapeutique (contenus ciblés, rappels, coaching)

La vraie question n’est donc pas « est-ce que l’IA va remplacer les médecins ? », mais plutôt : « comment l’IA peut-elle libérer du temps médical pour ce que l’humain fait le mieux : l’écoute, la décision, l’accompagnement ? ».

Startups, hôpitaux et médecins : une collaboration indispensable

Un point souvent sous-estimé : la majorité des solutions de santé connectée qui fonctionnent vraiment à long terme ne sont pas des applis « solo » que le patient installe dans son coin. Elles sont intégrées dans des parcours de soins, avec des médecins, des infirmiers, des hôpitaux, des pharmaciens.

Plusieurs startups françaises l’ont bien compris et misent sur la collaboration étroite avec les structures de soins.

TokTokDoc, par exemple, s’est spécialisée dans la télémédecine pour les établissements médico-sociaux (EHPAD, structures pour personnes en situation de handicap, etc.). Leur plateforme permet de mettre en relation rapidement les résidents avec des médecins à distance, de centraliser les données de santé et de coordonner les soins.

La force de ce type de solution, c’est qu’elle s’intègre dans un environnement déjà complexe (personnel soignant, contraintes réglementaires, dossiers médicaux) tout en répondant à un enjeu très concret : éviter les transferts aux urgences pour des motifs bénins, tout en sécurisant la prise en charge.

De son côté, Lifen s’est positionnée sur un problème qui semble peu glamour… mais qui change tout : l’interopérabilité. Résumé sans jargon : faire en sorte que les logiciels des hôpitaux, des cabinets, des laboratoires, des startups et des plateformes publiques puissent se parler. Sans cela, impossible de récupérer automatiquement les résultats d’analyses, les comptes rendus d’hospitalisation ou les données de télésurveillance.

En facilitant la circulation des données de santé (dans un cadre sécurisé, évidemment), Lifen permet à d’autres startups de brancher leurs solutions sur les systèmes existants, sans tout casser. C’est un peu la plomberie invisible de l’e-santé, mais sans elle, pas de maison connectée qui tienne debout.

La santé mentale et l’accompagnement au quotidien, nouveaux terrains de jeu

On associe souvent la santé connectée aux capteurs et aux chiffres, mais une autre vague de startups françaises s’attaque à un domaine longtemps négligé : la santé mentale et l’accompagnement du patient au quotidien.

Wefight, par exemple, développe des « compagnons virtuels » sous forme de chatbots spécialisés dans certaines pathologies (cancers, maladies chroniques, etc.). Ces assistants fournissent des informations fiables, répondent aux questions des patients 24h/24, et les aident à mieux comprendre leurs traitements, leurs droits, leurs démarches.

Ce type de solution ne remplace évidemment pas le médecin ou le psychologue, mais il comble un vide : celui des mille questions qui surgissent entre deux consultations. Quand on vit avec une maladie chronique, le suivi à domicile ne se limite pas à surveiller un pouls ou une glycémie ; c’est aussi gérer l’anxiété, la fatigue, l’incompréhension face à un système de santé parfois opaque.

On voit également émerger des applications françaises de thérapies digitales, validées scientifiquement, qui proposent des programmes structurés pour la dépression légère à modérée, l’anxiété ou les troubles du sommeil. Certaines espèrent obtenir à terme un statut de « dispositif médical numérique » remboursable, à l’image de ce qui se fait déjà en Allemagne.

Données de santé, RGPD et confiance : un enjeu clé

Impossible de parler de santé connectée sans aborder la question sensible des données. Un tensiomètre connecté, une appli de suivi de glycémie ou un dispositif de monitoring cardiaque ne collectent pas des photos de vacances, mais des informations extrêmement intimes.

Les startups françaises doivent jouer avec un triple cadre :

  • Le RGPD, qui encadre l’utilisation des données personnelles en Europe
  • Les règles spécifiques aux données de santé, considérées comme particulièrement sensibles
  • Les exigences des autorités sanitaires (HAS, ANSM, CNIL, etc.) pour les dispositifs médicaux numériques

De nombreuses solutions sérieuses optent pour une hébergement chez des prestataires certifiés « HDS » (Hébergeur de Données de Santé), mettent en place des systèmes de chiffrement, de pseudonymisation, et des audits de sécurité réguliers. Ce n’est pas la partie la plus sexy de l’innovation, mais c’est probablement la plus déterminante pour la confiance des patients et des soignants.

Pour autant, la méfiance reste forte. Certains patients hésitent à connecter leurs objets de santé, craignant que leurs données ne soient revendues ou utilisées à des fins non médicales. Les startups qui réussiront sur le long terme seront sans doute celles qui feront de la transparence un argument central, et pas une note de bas de page noyée dans des conditions générales incompréhensibles.

Et demain : vers un suivi médical « invisible » ?

Si l’on regarde les prototypes déjà en test dans certains laboratoires ou hôpitaux, une tendance se dessine : le suivi médical au domicile pourrait devenir de plus en plus discret, presque invisible.

  • Des textiles connectés capables de mesurer la respiration, la fréquence cardiaque, la température, sans capteur rigide ni cable encombrant
  • Des capteurs dans l’environnement (lit, fauteuils, pièces de vie) qui détectent des changements d’activité, de sommeil ou de mobilité chez les personnes âgées
  • Des algorithmes capables d’analyser la voix, les micro-mouvements ou l’écriture pour repérer précocement des troubles neurologiques

Plusieurs startups françaises travaillent déjà sur ces pistes, parfois en partenariat avec de grands groupes ou des centres hospitaliers universitaires. L’objectif n’est pas de transformer nos maisons en hôpitaux bardés de caméras, mais de capter des signaux faibles sans imposer au patient une « armure » technologique permanente.

Reste une question centrale : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour être mieux suivis ? Accepteriez-vous que votre lit repère vos nuits agitées pour prévenir un risque de dépression, ou que votre montre transmette en continu vos données cardiaques à un centre de télésurveillance ? Chacun devra tracer sa propre ligne rouge, entre confort, sécurité et vie privée.

Une chose est sûre : la France n’est plus un simple spectateur dans cette révolution de la santé connectée. Entre objets, IA, télésurveillance remboursée et nouvelles approches de l’accompagnement, l’écosystème des startups françaises pousse le suivi médical à domicile dans une nouvelle dimension. Reste à voir si le système de santé, les médecins, et nous, patients, réussirons à suivre le rythme… sans perdre de vue l’essentiel : le numérique n’est qu’un outil. L’enjeu, lui, reste profondément humain.