La préhistoire du web : quand tout a commencé
Si Internet était une personne, il aurait aujourd’hui plus de 50 ans… Et même si on le fréquente quotidiennement pour tout (et parfois n’importe quoi), peu savent vraiment d’où il vient. Avant de parler de TikTok, de streaming ou de fibre optique, retour sur l’époque où le web n’était encore qu’une expérimentation confidentielle entre scientifiques et militaires.
Tout commence en pleine Guerre froide, en 1969. Cette année-là, les États-Unis lancent un projet baptisé ARPANET, financé par la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Objectif : permettre à des ordinateurs situés dans différentes universités américaines de communiquer, même en cas d’attaque nucléaire. L’idée parait farfelue, mais elle va poser les fondations du réseau mondial.
Le 29 octobre 1969, le tout premier message est envoyé entre deux ordinateurs reliés par ARPANET : un simple « LO » destiné à être « LOGIN », mais le système plante après deux lettres. Anecdotique ? Pas tant que ça : c’est ainsi que commence l’histoire d’Internet.
Les années 80 : l’arrivée des protocoles fondamentaux
Dans les années 1980, les choses commencent à s’accélérer. Si ARPANET continue de se développer, deux éléments-clés vont permettre à Internet de devenir ce que l’on connaît aujourd’hui :
- Le protocole TCP/IP est adopté officiellement en 1983. C’est un peu comme si tous les ordinateurs du monde décidaient enfin de parler le même langage.
- Les noms de domaine arrivent en 1985. Au lieu d’adresses IP compliquées à retenir, on peut désormais taper des noms comme symbolics.com — le tout premier nom de domaine enregistré.
C’est également dans ces années-là que naissent des concepts que l’on utilise encore, comme le courriel (le tout premier « e-mail » date de 1971, mais il commence à se démocratiser dans les années 80).
1991 : le web tel qu’on le connaît voit le jour
Si Internet existait déjà en tant que réseau, c’est le World Wide Web (WWW) qui va tout bouleverser. Inventé en 1989 par Tim Berners-Lee, un informaticien britannique travaillant au CERN, il est mis en ligne en 1991. Son idée est simple mais brillante : utiliser l’hypertexte pour relier des documents entre eux et permettre à n’importe qui de consulter des informations via un navigateur.
La toute première page web est encore en ligne aujourd’hui (http://info.cern.ch). On y trouve le mode d’emploi du Web… Un peu comme si on retrouvait la carte d’un trésor juste à côté du coffre.
1993 : Mosaic démocratise l’expérience utilisateur
En 1993, un navigateur nommé Mosaic va totalement transformer l’expérience web. Pour la première fois, on peut voir des images dans les pages, naviguer de lien en lien, le tout avec une interface visuelle très (pour l’époque) conviviale. C’est le début d’une expansion fulgurante.
La même année, il n’y a qu’une centaine de sites web ; un an plus tard, on en compte plusieurs milliers. Le web, jusqu’alors réservé aux chercheurs et aux passionnés d’informatique, commence à séduire le grand public.
La révolution des années 2000 : Google, réseaux sociaux et mobile
À partir de la fin des années 90, Internet entre dans une phase d’accélération exponentielle. Quelques milestones à retenir :
- 1998 : création de Google. L’algorithme PageRank révolutionne la recherche web en classant les résultats en fonction de leur popularité.
- 2004 : lancement de Facebook. Les réseaux sociaux deviennent dès lors indissociables du web moderne.
- 2007 : Apple dévoile le tout premier iPhone. L’internet « mobile » entre dans une nouvelle ère, avec des usages en constante mutation.
Cette période voit aussi naître YouTube, Twitter, WhatsApp, Instagram… Le web devient non seulement un outil d’information, mais aussi un outil social, personnel et instantané.
Web 2.0 : l’internaute devient acteur
On parle souvent du passage au Web 2.0 à partir des années 2000. Ce terme désigne la transformation du web en un espace participatif. L’utilisateur ne se contente plus de lire passivement des pages : il crée, partage et interagit.
Le succès de plateformes comme Wikipedia, les blogs, les forums et YouTube illustre ce changement de paradigme. Le web devient une immense agora numérique, où chacun peut s’exprimer — pour le meilleur… et parfois pour le pire.
Cette époque voit aussi émerger une nouvelle économie : celle de la donnée. Comme le dit l’adage moderne : « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ».
L’ère de la décentralisation et du Web3
Aujourd’hui, on parle beaucoup du Web3 : une nouvelle étape reposant sur la blockchain, les crypto-actifs, les NFTs, et les protocoles décentralisés. L’objectif ? Réduire la dépendance envers les géants du web, et redonner aux utilisateurs le contrôle sur leurs données.
Des projets comme Ethereum introduisent des concepts comme les smart contracts (contrats intelligents) : des programmes qui s’exécutent sans intermédiaire, de manière transparente et infalsifiable. Pour certains, c’est l’avenir d’Internet. Pour d’autres, une bulle spéculative de plus.
Mais impossible d’ignorer cette évolution, notamment avec l’essor des métavers et des plateformes décentralisées. Le web est en train de changer (encore), sous nos yeux.
Quelques chiffres qui illustrent l’explosion du web
- En 2000, moins de 5% de la population mondiale était connectée à Internet. Aujourd’hui, on dépasse les 65%.
- En 1993, il n’y avait qu’une centaine de sites web. En 2024, on en compte plus de 1,1 milliard.
- Chaque jour, plus de 300 milliards d’e-mails sont envoyés dans le monde.
- Google traite plus de 8,5 milliards de requêtes par jour.
Des chiffres vertigineux qui donnent le tournis et illustrent à quel point le web est devenu essentiel à notre quotidien — et à nos sociétés.
Et demain ? Vers un Internet plus éthique, plus privé, plus intelligent ?
Si le passé du web est fascinant, son futur l’est tout autant. L’intelligence artificielle générative, les assistants virtuels hyper-personnalisés, la réalité augmentée, les identités numériques souveraines… autant d’innovations encore balbutiantes, mais promises à bouleverser notre rapport au monde numérique.
Et au cœur de tout cela, toujours la même ambition : connecter les humains entre eux, partager la connaissance… et bien sûr, alimenter les memes qui font rire la planète. Finalement, l’histoire d’Internet, c’est aussi celle de notre propre transformation en tant que société interconnectée.
Alors, la prochaine grande révolution du web ? Peut-être qu’elle a déjà commencé sans qu’on le sache. Comme celle de 1969, envoyée avec un simple « LO »…