Quand on pense « streamer », on imagine souvent un gamer ultra connu, des milliers de viewers en simultané, des sponsors partout sur l’écran et des dons à la chaîne. La réalité ? Une énorme majorité de créateurs sur Twitch et les autres plateformes de live ne sont pas des stars… mais certains arrivent pourtant à en vivre. Pas en roulant sur l’or, mais en construisant patiemment un écosystème de revenus plus malin qu’il n’y paraît.
Comment font-ils concrètement ? Sur quoi reposent leurs revenus quand ils n’ont pas 10 000 personnes en live tous les soirs ? Et surtout : est-ce vraiment réaliste d’en faire un métier sans être une célébrité du gaming ?
La fausse idée du « tout vient de Twitch »
Première mise au point : très peu de streamers vivent uniquement de ce que Twitch (ou Kick, YouTube Live, etc.) leur reverse directement. La plateforme n’est qu’un élément dans un puzzle plus large.
En pratique, un streamer « moyen » qui en vit s’appuie sur un mix de :
Autrement dit, la vraie question n’est pas « combien paye Twitch », mais « comment un streamer construit un revenu global à partir de sa présence en live ».
Combien gagne un « petit » streamer qui commence à en vivre ?
Les chiffres varient énormément selon le pays, la niche, le temps de live et la capacité à monétiser la communauté. Mais pour donner un ordre d’idée réaliste en France :
Mais ces estimations supposent un point clé : ce ne sont pas des revenus basés uniquement sur le gaming compétitif. Beaucoup de streamers qui en vivent ne jouent même pas ou très peu. Ils font du just chatting, de la musique, du dev, du dessin, de la cuisine, de l’ASMR, du coaching, du talk politique…
Ce qui compte, ce n’est pas forcément d’être bon à un jeu. C’est d’être bon à créer un rendez-vous et un lien avec une communauté.
Les revenus « visibles » : subs, bits et pubs
C’est la partie la plus connue, et celle que Twitch met en avant.
Les abonnements (subs)
Un sub standard (Tier 1) est facturé au spectateur, mais le créateur ne touche qu’une partie de cette somme (généralement autour de 50 %, parfois plus pour les gros créateurs). En France, un streamer qui n’est pas partenaire “premium” tourne souvent autour de :
Pour 300 subs actifs, on est donc à quelques centaines d’euros par mois. C’est intéressant, mais rarement suffisant seul.
Les bits
Les bits sont une forme de micro-don intégrée à Twitch. 100 bits équivalent environ à 1 $, là encore avec la part de la plateforme. C’est très variable, mais sur un petit/moyen streamer, les bits peuvent représenter :
Les publicités
Les pubs sont plus rentables quand on a beaucoup de viewers, moins quand on tourne en dessous de 200 spectateurs. Des streamers intermédiaires rapportent par exemple :
Résultat : sur un créateur qui commence à « en vivre », la somme subs + bits + pubs représente souvent 30 % à 60 % du revenu global. Le reste vient d’ailleurs.
Les dons et tips : une part moins glamour, mais vitale
Les dons via des plateformes externes (PayPal, Streamlabs, Ko-fi, etc.) peuvent être beaucoup plus rentables que les bits, car il y a moins d’intermédiaires. Pour certains streamers de taille moyenne, c’est même la source de revenus numéro 1.
Pourquoi ? Parce que :
Sur un mois “normal”, un streamer de niche avec ~150 viewers réguliers peut récolter :
Ces montants ne sont pas garantis, mais ils font souvent la différence entre « hobby bien monétisé » et « véritable revenu pro ».
Les partenariats : le vrai levier des streamers non stars
Les marques ne cherchent pas toujours la star avec 20 000 viewers. Beaucoup visent des micro-influenceurs très engagés, avec une audience ciblée : tech, crypto, fitness, musique, dev, jeux indés, etc.
Les deals les plus fréquents :
Un créateur avec une petite communauté, mais très qualifiée, peut par exemple :
Les streamers qui tirent bien leur épingle du jeu sont souvent ceux qui traitent ces partenariats comme un vrai business :
La diversification hors live : YouTube, VOD, TikTok & co.
Les streamers qui arrivent à stabiliser un revenu sans être des stars ont presque tous un point commun : ils ne restent pas enfermés dans leur live.
Ils recyclent leurs contenus :
Un exemple typique : un streamer à 150 viewers en direct peut avoir une chaîne YouTube à 20 000 abonnés qui lui rapporte :
Ce n’est pas énorme, mais combiné à tout le reste, cela permet de lisser les revenus et d’augmenter la visibilité globale.
Les activités « invisibles » mais rentables
Autre aspect peu connu : beaucoup de streamers vivent aussi de compétences qu’ils ont développées grâce au streaming, mais qu’ils monétisent en dehors de leur propre chaîne.
On trouve par exemple :
Certains font même du freelancing classique en dev, graphisme ou social media, mais utilisent leur visibilité de streamer comme vitrine : « Vous me voyez en live, voici aussi ce que je propose en tant que pro ».
Résultat : on a des profils hybrides, mi-créateurs de contenu, mi-freelances, qui sécurisent mieux leurs revenus qu’en dépendant uniquement des subs et des dons.
Le secret des streamers qui s’en sortent : la niche + la régularité
Contrairement à ce que l’on imagine, il n’est pas toujours rentable d’essayer de tout faire et de plaire à tout le monde. Les streamers qui parviennent à monétiser une « petite » audience ont souvent :
Un streamer qui fait du code en live, par exemple, ne fera jamais les audiences d’un gros joueur de FPS. Mais son audience, très ciblée, intéresse beaucoup les écoles de dev, les boîtes tech, les outils SaaS. Résultat : partenariats plus faciles à valoriser.
De la même façon, une streameuse spécialisée dans les jeux cosy, le craft et le deco peut travailler avec des marques lifestyle, déco, papeterie, gaming casual, etc. Elle vend moins de « performance » brute (viewers), mais plus de cohérence et de qualité d’audience.
La réalité moins sexy : instabilité, charges et paperasse
Vivre de Twitch ou des lives sans être une star, ce n’est pas juste « jouer à des jeux » ou « discuter avec le chat ». C’est aussi :
Beaucoup de streamers qui commencent à gagner un peu d’argent tombent dans le piège classique : tout réinvestir dans du matériel et sous-estimer les charges et les impôts. Résultat, une activité qui semble rentable sur le papier… mais qui ne tient pas sur le long terme.
Ceux qui durent traitent leur chaîne comme une vraie petite entreprise :
Moins glamour que les éclats de rire en live, mais indispensable.
Peut-on vraiment vivre de Twitch sans être une star ?
Oui, c’est possible. Mais ce n’est ni simple, ni rapide, ni garanti.
Le scénario réaliste ressemble plutôt à ceci :
Autrement dit, on est plus proche du modèle du freelance créatif ou de l’indépendant dans la culture web que de la star du showbiz. Les revenus peuvent être corrects, parfois très bons, mais ils demandent une stratégie, de la patience et une vraie discipline.
La grande différence avec les premières années de Twitch, c’est que les outils de monétisation se sont multipliés : Patreon, Tipeee, Utip, affiliations multiples, partenariats structurés, formats courts pour attirer du trafic… Aujourd’hui, même avec une audience modeste, un créateur malin peut tester plusieurs voies de revenus sans dépendre exclusivement de l’algorithme d’une plateforme.
La vraie question, au fond, n’est pas seulement « peut-on en vivre ? », mais « est-on prêt à traiter ce métier comme tel : avec une vision à long terme, une gestion sérieuse et une créativité qui dépasse le simple fait d’appuyer sur le bouton “Go Live” ? »
