Comment les streamers vivent réellement de twitch et des plateformes de live sans être des stars du gaming

Comment les streamers vivent réellement de twitch et des plateformes de live sans être des stars du gaming

Quand on pense « streamer », on imagine souvent un gamer ultra connu, des milliers de viewers en simultané, des sponsors partout sur l’écran et des dons à la chaîne. La réalité ? Une énorme majorité de créateurs sur Twitch et les autres plateformes de live ne sont pas des stars… mais certains arrivent pourtant à en vivre. Pas en roulant sur l’or, mais en construisant patiemment un écosystème de revenus plus malin qu’il n’y paraît.

Comment font-ils concrètement ? Sur quoi reposent leurs revenus quand ils n’ont pas 10 000 personnes en live tous les soirs ? Et surtout : est-ce vraiment réaliste d’en faire un métier sans être une célébrité du gaming ?

La fausse idée du « tout vient de Twitch »

Première mise au point : très peu de streamers vivent uniquement de ce que Twitch (ou Kick, YouTube Live, etc.) leur reverse directement. La plateforme n’est qu’un élément dans un puzzle plus large.

En pratique, un streamer « moyen » qui en vit s’appuie sur un mix de :

  • Revenus directs de la plateforme (subs, bits, publicités)
  • Tips/dons via des plateformes externes (Paypal, Streamlabs, Utip, etc.)
  • Partenariats et sponsoring (marques, sites d’affiliation, produits tech…)
  • Contenus payants ou premium (Patreon, Tipeee, contenus privés, coaching)
  • Activités annexes (YouTube, TikTok, montage pour d’autres, consulting, events IRL)
  • Autrement dit, la vraie question n’est pas « combien paye Twitch », mais « comment un streamer construit un revenu global à partir de sa présence en live ».

    Combien gagne un « petit » streamer qui commence à en vivre ?

    Les chiffres varient énormément selon le pays, la niche, le temps de live et la capacité à monétiser la communauté. Mais pour donner un ordre d’idée réaliste en France :

  • Un streamer entre 80 et 200 viewers de moyenne, très régulier (20 à 30 heures par semaine), peut viser l’équivalent d’un SMIC à 1 500 € – 2 000 € brut par mois, si son modèle de revenus est bien optimisé.
  • Entre 200 et 500 viewers, avec un bon niveau de fidélisation, on commence à parler plutôt de 2 000 € – 4 000 € brut, parfois plus selon les partenariats et la niche.
  • Mais ces estimations supposent un point clé : ce ne sont pas des revenus basés uniquement sur le gaming compétitif. Beaucoup de streamers qui en vivent ne jouent même pas ou très peu. Ils font du just chatting, de la musique, du dev, du dessin, de la cuisine, de l’ASMR, du coaching, du talk politique…

    Ce qui compte, ce n’est pas forcément d’être bon à un jeu. C’est d’être bon à créer un rendez-vous et un lien avec une communauté.

    Les revenus « visibles » : subs, bits et pubs

    C’est la partie la plus connue, et celle que Twitch met en avant.

    Les abonnements (subs)

    Un sub standard (Tier 1) est facturé au spectateur, mais le créateur ne touche qu’une partie de cette somme (généralement autour de 50 %, parfois plus pour les gros créateurs). En France, un streamer qui n’est pas partenaire “premium” tourne souvent autour de :

  • 1 € à 1,50 € net par sub payé, après partage Twitch + charges sociales
  • Pour 300 subs actifs, on est donc à quelques centaines d’euros par mois. C’est intéressant, mais rarement suffisant seul.

    Les bits

    Les bits sont une forme de micro-don intégrée à Twitch. 100 bits équivalent environ à 1 $, là encore avec la part de la plateforme. C’est très variable, mais sur un petit/moyen streamer, les bits peuvent représenter :

  • Entre 50 € et 300 € par mois, selon la générosité de la communauté
  • Les publicités

    Les pubs sont plus rentables quand on a beaucoup de viewers, moins quand on tourne en dessous de 200 spectateurs. Des streamers intermédiaires rapportent par exemple :

  • Entre 50 € et 400 € mensuels en pubs, selon la durée des lives et la fréquence des ad breaks
  • Résultat : sur un créateur qui commence à « en vivre », la somme subs + bits + pubs représente souvent 30 % à 60 % du revenu global. Le reste vient d’ailleurs.

    Les dons et tips : une part moins glamour, mais vitale

    Les dons via des plateformes externes (PayPal, Streamlabs, Ko-fi, etc.) peuvent être beaucoup plus rentables que les bits, car il y a moins d’intermédiaires. Pour certains streamers de taille moyenne, c’est même la source de revenus numéro 1.

    Pourquoi ? Parce que :

  • Les donateurs les plus engagés préfèrent souvent passer par un système où le créateur touche davantage.
  • Les alertes de dons sont mises en scène (sons, images, messages lus en live), ce qui incite aux contributions.
  • Certains streams sont volontairement orientés « donathon » ou objectifs communautaires (nouveau matériel, organisation d’event, temps de live prolongé, etc.)
  • Sur un mois “normal”, un streamer de niche avec ~150 viewers réguliers peut récolter :

  • Entre 200 € et 800 € de dons, parfois plus en cas d’événements spéciaux
  • Ces montants ne sont pas garantis, mais ils font souvent la différence entre « hobby bien monétisé » et « véritable revenu pro ».

    Les partenariats : le vrai levier des streamers non stars

    Les marques ne cherchent pas toujours la star avec 20 000 viewers. Beaucoup visent des micro-influenceurs très engagés, avec une audience ciblée : tech, crypto, fitness, musique, dev, jeux indés, etc.

    Les deals les plus fréquents :

  • Affiliation : le streamer touche une commission sur chaque vente générée via son lien ou son code promo (boutiques gaming, VPN, matériel, logiciels).
  • Placement de produit ponctuel : être payé au forfait pour tester un jeu, un service, une app en live.
  • Contrats récurrents : être ambassadeur d’une marque, avec un fixe mensuel contre une présence régulière (logo, mentions, sessions sponsorisées).
  • Un créateur avec une petite communauté, mais très qualifiée, peut par exemple :

  • Gagner 300 € – 500 € sur un mois juste avec l’affiliation d’un produit qu’il utilise vraiment (clavier, siège, micro, logiciel de montage…)
  • Signer des opérations à 500 € – 2 000 € la campagne pour présenter un jeu ou une app, même avec 200–400 viewers, si l’audience correspond bien à la cible
  • Les streamers qui tirent bien leur épingle du jeu sont souvent ceux qui traitent ces partenariats comme un vrai business :

  • Media kit préparé
  • Statistiques claires (taux de clics, âge, centres d’intérêt de leur audience)
  • Positionnement de niche identifiable (par ex. « streamer dev et cybersécurité », « streameuse jeux cosy + lifestyle », « streamer hardware et tuning de setup »)
  • La diversification hors live : YouTube, VOD, TikTok & co.

    Les streamers qui arrivent à stabiliser un revenu sans être des stars ont presque tous un point commun : ils ne restent pas enfermés dans leur live.

    Ils recyclent leurs contenus :

  • VOD et best-of sur YouTube (monétisation par la pub + affiliation en description)
  • Clips courts sur TikTok, Reels, Shorts pour attirer de nouveaux viewers
  • Podcasts à partir de discussions de live (hébergés sur Spotify, Apple Podcast…)
  • Un exemple typique : un streamer à 150 viewers en direct peut avoir une chaîne YouTube à 20 000 abonnés qui lui rapporte :

  • Entre 100 € et 500 € par mois uniquement via Adsense
  • Ce n’est pas énorme, mais combiné à tout le reste, cela permet de lisser les revenus et d’augmenter la visibilité globale.

    Les activités « invisibles » mais rentables

    Autre aspect peu connu : beaucoup de streamers vivent aussi de compétences qu’ils ont développées grâce au streaming, mais qu’ils monétisent en dehors de leur propre chaîne.

    On trouve par exemple :

  • Montage vidéo et création de clips pour d’autres créateurs ou des marques
  • Coaching ou cours (jeu vidéo compétitif, streaming, prise de parole, technique audio/vidéo)
  • Design de overlays, émotes, logos pour d’autres streamers
  • Animation d’événements en ligne (tournois, conférences, lancement de produits)
  • Certains font même du freelancing classique en dev, graphisme ou social media, mais utilisent leur visibilité de streamer comme vitrine : « Vous me voyez en live, voici aussi ce que je propose en tant que pro ».

    Résultat : on a des profils hybrides, mi-créateurs de contenu, mi-freelances, qui sécurisent mieux leurs revenus qu’en dépendant uniquement des subs et des dons.

    Le secret des streamers qui s’en sortent : la niche + la régularité

    Contrairement à ce que l’on imagine, il n’est pas toujours rentable d’essayer de tout faire et de plaire à tout le monde. Les streamers qui parviennent à monétiser une « petite » audience ont souvent :

  • Une niche claire (thématique précise ou personnalité marquée)
  • Une vraie constance dans les horaires et la fréquence
  • Une façon de parler à leur communauté qui donne envie de revenir
  • Un streamer qui fait du code en live, par exemple, ne fera jamais les audiences d’un gros joueur de FPS. Mais son audience, très ciblée, intéresse beaucoup les écoles de dev, les boîtes tech, les outils SaaS. Résultat : partenariats plus faciles à valoriser.

    De la même façon, une streameuse spécialisée dans les jeux cosy, le craft et le deco peut travailler avec des marques lifestyle, déco, papeterie, gaming casual, etc. Elle vend moins de « performance » brute (viewers), mais plus de cohérence et de qualité d’audience.

    La réalité moins sexy : instabilité, charges et paperasse

    Vivre de Twitch ou des lives sans être une star, ce n’est pas juste « jouer à des jeux » ou « discuter avec le chat ». C’est aussi :

  • Accepter des revenus très variables d’un mois sur l’autre
  • Gérer un statut pro (auto-entrepreneur, société, artiste-auteur selon les cas)
  • Déclarer ses revenus à l’URSSAF, payer ses cotisations, sa mutuelle, sa retraite (oui, tout ça)
  • Anticiper les mois « creux » où les subs chutent (rentrée scolaire, été, crises, etc.)
  • Beaucoup de streamers qui commencent à gagner un peu d’argent tombent dans le piège classique : tout réinvestir dans du matériel et sous-estimer les charges et les impôts. Résultat, une activité qui semble rentable sur le papier… mais qui ne tient pas sur le long terme.

    Ceux qui durent traitent leur chaîne comme une vraie petite entreprise :

  • Suivi comptable (même basique)
  • Prévisionnel mensuel minimal
  • Caisse de sécurité (quelques mois de dépenses d’avance)
  • Moins glamour que les éclats de rire en live, mais indispensable.

    Peut-on vraiment vivre de Twitch sans être une star ?

    Oui, c’est possible. Mais ce n’est ni simple, ni rapide, ni garanti.

    Le scénario réaliste ressemble plutôt à ceci :

  • 1 à 2 ans de streaming régulier avant d’atteindre un revenu réellement significatif
  • Une montée progressive : quelques dizaines d’euros, puis quelques centaines, puis l’équivalent d’un temps partiel, puis d’un plein temps
  • Une forte diversification : live + YouTube + partenariats + activités annexes
  • Une communauté soudée, même si elle n’est pas énorme en nombre
  • Autrement dit, on est plus proche du modèle du freelance créatif ou de l’indépendant dans la culture web que de la star du showbiz. Les revenus peuvent être corrects, parfois très bons, mais ils demandent une stratégie, de la patience et une vraie discipline.

    La grande différence avec les premières années de Twitch, c’est que les outils de monétisation se sont multipliés : Patreon, Tipeee, Utip, affiliations multiples, partenariats structurés, formats courts pour attirer du trafic… Aujourd’hui, même avec une audience modeste, un créateur malin peut tester plusieurs voies de revenus sans dépendre exclusivement de l’algorithme d’une plateforme.

    La vraie question, au fond, n’est pas seulement « peut-on en vivre ? », mais « est-on prêt à traiter ce métier comme tel : avec une vision à long terme, une gestion sérieuse et une créativité qui dépasse le simple fait d’appuyer sur le bouton “Go Live” ? »